Voyage dans la matière

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Voyage dans l'histoire de la matière

De la première fraction de seconde de l'Univers jusqu'aux atomes que l'on déplace un par un : sept grandes découvertes à explorer de plus près, avec des expériences, des animations et des vidéos.

SVTPhysique-ChimieNSIArts
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Innovation techniqueUn nouvel instrument ou une nouvelle méthode : microscope, bio-imprimante…

Découverte scientifiqueUne idée nouvelle sur la nature : la cellule, le noyau de l'atome, l'expansion de l'Univers…

Même code couleur que la friseLa frise donne les dates. Ici, on va plus loin : on refait les expériences et on comprend comment on a su.

Le fil du temps

Sur ordinateur, les dates sont placées à l'échelle entre 1580 et 2025 ; sur téléphone, elles défilent dans l'ordre, espacées selon le temps écoulé. Le Big Bang, il y a 13,8 milliards d'années, ne tiendrait sur aucun écran : l'axe est coupé. Touchez un événement souligné pour ouvrir son chapitre.

Changer d'échelle

Toute l'histoire de la matière est une histoire d'instruments : on ne découvre que ce que l'on peut voir. Faites glisser le curseur, du centimètre jusqu'à l'atome, et regardez quels instruments suivent.

Fourmi5 mm

    Chapitre 1·SVTDécouverte scientifique

    1665

    Les premiers regards dans l'invisible

    Robert Hooke (1635-1703) · Antoni van Leeuwenhoek (1632-1723)

    L'essentiel

    Vers 1590, des lunetiers hollandais (on cite souvent Hans et Zacharias Janssen) ont l'idée d'aligner deux lentilles dans un tube : c'est le microscope composé. Soixante-quinze ans plus tard, l'Anglais Robert Hooke améliore cet instrument et publie Micrographia, un livre rempli de dessins de puces, de moisissures et d'objets minuscules.

    En observant une fine tranche de liège, il voit des milliers de petites cases vides qui lui rappellent les chambres des moines. Il les appelle « cells », cellules. En réalité, il ne voyait que les parois de cellules mortes.

    Le mot « cellule » vient du latin cella, « petite chambre ».Hooke a donné un nom à la cellule, mais sans comprendre son rôle dans le vivant.

    Et Leeuwenhoek ?

    À Delft, le drapier Antoni van Leeuwenhoek fabrique ses propres microscopes avec une seule minuscule lentille, polie avec une précision incroyable. Ils grossissent jusqu'à environ 270 fois, bien mieux que ceux de Hooke.

    À partir de 1674, il observe dans l'eau d'un lac, dans de l'eau poivrée ou dans le tartre de ses dents des êtres vivants invisibles à l'œil nu : il les appelle des « animalcules ». Ce sont des micro-organismes, dont des bactéries. Il observe aussi les globules rouges et les spermatozoïdes.

    Expérience Refaire l'observation de Hooke

    1. Découper une lamelle très fine de bouchon de liège (ou prendre un épiderme d'oignon).
    2. La déposer sur une lame avec une goutte d'eau, recouvrir d'une lamelle.
    3. Observer au microscope au grossissement ×40, puis ×100 et ×400.
    4. Dessiner ce que l'on voit et ajouter une échelle.

    On retrouve le « nid d'abeille » dessiné par Hooke en 1665 : chaque case est une cellule.

    Gravure du microscope de Robert Hooke avec sa lampe à huile et sa boule d'eau qui concentre la lumière
    Le microscope de Hooke. À gauche, une lampe et une boule remplie d'eau concentrent la lumière sur l'échantillon. Micrographia, 1665.
    Gravure de Hooke montrant des coupes de liège formées de petites cases
    Le liège vu par Hooke. Les petites cases (fig. 1) sont les premières « cellules » jamais décrites.
    Portrait peint d'Antoni van Leeuwenhoek tenant un de ses microscopes
    Antoni van Leeuwenhoek, peint par Jan Verkolje vers 1680.
    Réplique d'un microscope de Leeuwenhoek : une plaque de laiton avec une vis pour placer l'échantillon devant la lentille
    Réplique d'un microscope de Leeuwenhoek. Il tient dans la main : la lentille est dans le petit trou de la plaque.

    Animation · Une goutte d'eau de mare

    Que voyait Leeuwenhoek ?

    À l'œil nu, une goutte d'eau paraît vide : notre œil ne distingue pas les détails plus petits qu'environ 0,1 mm. Augmentez le grossissement pour faire apparaître les animalcules.

    Schéma du trajet de la lumière dans un microscope optique Lumièrelampe ou miroir Condenseurconcentre la lumière Échantillonlame + lamelle Objectif×4, ×10, ×40 Image intermédiairedéjà agrandie Oculaire×10, agrandit encore Œil Grossissement total = objectif × oculaire (par exemple 40 × 10 = 400) Schéma vertical du trajet de la lumière dans un microscope optique Lumièrelampe ou miroir Condenseurconcentre la lumière Échantillonlame + lamelle Objectif×4, ×10, ×40 Image intermédiairedéjà agrandie Oculaire×10, agrandit encore Œil Grossissement total = objectif × oculaire (par exemple 40 × 10 = 400)
    Schéma · Le microscope composé. La lumière traverse l'échantillon, puis deux lentilles agrandissent l'image l'une après l'autre. Le microscope de Leeuwenhoek n'avait qu'une seule lentille, mais de bien meilleure qualité.
    Sources du chapitre 1

    Chapitre 2·SVTDécouverte scientifique

    1838

    Tous les êtres vivants sont faits de cellules

    Robert Brown · Matthias Schleiden · Theodor Schwann · Rudolf Virchow

    L'essentiel

    Pendant près de deux siècles, on observe des cellules sans comprendre qu'elles sont la base de tout le vivant. Les microscopes s'améliorent au début du XIXe siècle (lentilles qui ne déforment plus les couleurs), et les observations deviennent plus fiables.

    • 1831 · Robert Brown remarque dans les cellules d'orchidée une petite tache ronde : il la nomme noyau.
    • 1838 · Matthias Schleiden, botaniste, affirme que toutes les plantes sont faites de cellules.
    • 1839 · Theodor Schwann montre que c'est aussi vrai pour les animaux.
    • 1855 · Rudolf Virchow complète : une cellule naît toujours d'une autre cellule, par division.

    « Omnis cellula e cellula » : toute cellule provient d'une cellule.Rudolf Virchow, 1855 (idée aussi défendue par Robert Remak).

    La théorie cellulaire

    On la résume en trois idées : 1) tous les êtres vivants sont formés d'une ou de plusieurs cellules ; 2) la cellule est la plus petite unité vivante ; 3) toute cellule provient de la division d'une cellule déjà existante.

    C'est un bel exemple de savoir construit petit à petit, par plusieurs scientifiques qui confrontent leurs observations.

    Expérience historique La comparaison de Schwann

    Schwann discute avec Schleiden en 1837 et remarque que les cellules de la corde dorsale d'un têtard (un tissu animal) ressemblent beaucoup aux cellules végétales : même forme de petite boîte, chacune avec un noyau. Il compare ensuite de nombreux tissus animaux (cartilage, muscle, nerf) et retrouve partout des cellules avec un noyau. Conclusion : animaux et plantes sont construits sur le même plan.

    Portrait gravé de Matthias Schleiden
    Matthias Schleiden (1804-1881), botaniste allemand.
    Photographie de Theodor Schwann âgé
    Theodor Schwann (1810-1882), physiologiste allemand.
    Photographie de Rudolf Virchow
    Rudolf Virchow (1821-1902), médecin allemand.
    Photographie de Robert Brown
    Robert Brown (1773-1858), botaniste écossais.

    Animation · La division cellulaire

    Une cellule en donne deux

    C'est ce que Virchow a compris : les cellules ne naissent pas de rien. Chaque cellule copie son ADN, puis se partage en deux cellules filles identiques.

    1. Une cellule avec son noyau
    2. L'ADN est copié puis se condense en chromosomes
    3. Les chromosomes sont tirés vers les deux pôles
    4. La cellule s'étrangle en son milieu
    5. Deux cellules filles identiques
    Sources du chapitre 2
    • Wikipédia : Théorie cellulaire
    • Manuel de SVT Seconde, thème « La Terre, la vie et l'organisation du vivant », chapitre sur la cellule (activités 1, 2 et 3 du cours).

    Chapitre 3·Physique-ChimieDécouverte scientifique

    1898

    La radioactivité : la matière qui se transforme

    Henri Becquerel · Marie Curie (1867-1934) · Pierre Curie

    L'essentiel

    Certains noyaux d'atomes sont instables. Un jour ou l'autre, ils se transforment en un autre noyau en émettant un rayonnement invisible : c'est la radioactivité. On ne peut pas prévoir quand un noyau précis va se désintégrer, mais on sait qu'au bout d'une durée appelée demi-vie, la moitié des noyaux d'un échantillon s'est transformée.

    Cette découverte a bouleversé une idée très ancienne : l'atome n'est pas immuable, la matière peut changer de nature toute seule.

    Marie Curie

    Née Maria Skłodowska à Varsovie, Marie Curie choisit pour sa thèse d'étudier les « rayons uraniques » découverts par Becquerel. Elle mesure leur intensité avec un appareil très sensible inventé par Pierre Curie et son frère.

    Elle remarque qu'un minerai, la pechblende, est bien plus actif que l'uranium qu'il contient : il doit cacher d'autres éléments. En 1898, Marie et Pierre Curie découvrent ainsi le polonium (nommé en l'honneur de la Pologne) puis le radium. C'est Marie Curie qui invente le mot « radioactivité ».

    Seule personne à avoir reçu deux prix Nobel dans deux sciences différentes.Physique en 1903 (avec Pierre Curie et Henri Becquerel), chimie en 1911.

    Expérience historique La plaque de Becquerel (1896)

    1. Becquerel enveloppe une plaque photographique dans du papier noir, pour que la lumière ne puisse pas l'atteindre.
    2. Il pose dessus des sels d'uranium et une petite croix de cuivre.
    3. Le temps est nuageux : il range le tout dans un tiroir pendant plusieurs jours.
    4. En développant la plaque, il voit quand même l'ombre de la croix.

    Conclusion : l'uranium émet de lui-même un rayonnement qui traverse le papier, sans avoir besoin de lumière.

    Photographie de Marie Curie vers 1920
    Marie Curie vers 1920.
    Plaque photographique de Becquerel avec des taches sombres et l'ombre d'une croix
    La plaque de Becquerel (1896). Les zones sombres ont été impressionnées par le rayonnement de l'uranium ; on voit l'ombre de la croix en bas.

    Simulation · 100 noyaux de radium

    Le hasard qui devient une loi

    À chaque demi-vie (environ 1 600 ans pour le radium 226), chaque noyau a une chance sur deux de se désintégrer. Impossible de savoir lequel. Pourtant, sur un grand nombre, le résultat suit toujours la même courbe.

    Sources du chapitre 3

    Chapitre 4·Physique-ChimieDécouverte scientifique

    1911

    Au cœur de l'atome : le noyau

    Ernest Rutherford (1871-1937) · Hans Geiger · Ernest Marsden

    L'essentiel

    Au début du XXe siècle, on sait que l'atome contient des électrons (chargés négativement), découverts par J. J. Thomson en 1897. Thomson imagine l'atome comme une boule de charge positive dans laquelle les électrons sont dispersés, un peu comme les raisins dans un gâteau.

    Rutherford veut tester ce modèle. Il utilise justement la radioactivité : certains éléments émettent des particules α (alpha), chargées positivement et très rapides. Il s'en sert comme de minuscules projectiles.

    Expérience historique La feuille d'or (1909-1911)

    1. Une source radioactive envoie un faisceau de particules α vers une feuille d'or très fine (quelques centaines d'atomes d'épaisseur).
    2. Un écran fluorescent placé tout autour fait une petite étincelle à chaque particule reçue.
    3. Geiger et Marsden comptent les étincelles, à la main, dans le noir.

    Résultat : presque toutes les particules traversent la feuille sans être déviées. Mais quelques-unes (environ 1 sur 8 000) rebondissent vers l'arrière !

    « C'était aussi incroyable que de tirer un obus sur une feuille de papier et de le voir revenir vers soi. »Ernest Rutherford, à propos des particules renvoyées (citation traduite).

    Conclusion

    L'atome est surtout fait de vide. Toute sa charge positive et presque toute sa masse sont concentrées dans un noyau minuscule, environ 100 000 fois plus petit que l'atome. Si l'atome avait la taille d'un stade de football, le noyau serait une bille au centre.

    Photographie d'Ernest Rutherford
    Ernest Rutherford, physicien néo-zélandais, prix Nobel de chimie 1908.

    Simulation · Particules α contre feuille d'or

    Comparez les deux modèles

    Avec le modèle de Thomson, la charge positive est étalée : rien ne devrait dévier. Avec le modèle de Rutherford, les rares particules qui passent près d'un noyau sont violemment repoussées.

    Chapitre 5·Physique-ChimieDécouverte scientifique

    1927

    Le Big Bang : l'origine de la matière

    Georges Lemaître (1894-1966) · Edwin Hubble · Arno Penzias et Robert Wilson

    L'essentiel

    En 1927, le Belge Georges Lemaître, prêtre et physicien, montre à partir des équations d'Einstein que l'Univers ne peut pas être immobile : il doit être en expansion. Les galaxies s'éloignent les unes des autres, et d'autant plus vite qu'elles sont loin. En 1929, l'astronome américain Edwin Hubble confirme cette fuite des galaxies par l'observation.

    En 1931, Lemaître va plus loin : si l'Univers grandit, alors dans le passé il était beaucoup plus petit, plus dense et plus chaud. Il propose l'idée d'un « atome primitif ». Le nom moqueur de « Big Bang » sera donné plus tard, en 1949, par l'astronome Fred Hoyle.

    D'où vient la matière ?

    Dans les premières minutes, il fait si chaud que seuls les noyaux les plus simples se forment : hydrogène et hélium. Les éléments plus lourds (carbone, oxygène, fer…) seront fabriqués bien plus tard, au cœur des étoiles, puis dispersés quand elles meurent. Les atomes de notre corps viennent donc en grande partie d'anciennes étoiles.

    L'Univers a environ 13,8 milliards d'années.La « lumière fossile » du Big Bang, le fond diffus cosmologique, a été détectée par hasard en 1965 par Penzias et Wilson.

    Expérience à faire Le ballon qui gonfle

    1. Dessiner une dizaine de points (les galaxies) sur un ballon de baudruche à moitié gonflé.
    2. Mesurer avec un fil la distance entre un point choisi et trois autres points.
    3. Gonfler davantage le ballon et mesurer de nouveau.

    Tous les points s'éloignent les uns des autres, et les plus lointains s'éloignent le plus. Aucun point n'est le centre : c'est l'espace lui-même qui grandit.

    Photographie de Georges Lemaître vers 1930
    Georges Lemaître vers 1930, professeur à l'université de Louvain.
    Carte ovale du ciel entier montrant des taches de température colorées
    Le fond diffus cosmologique, photographié par le satellite WMAP (NASA). C'est la plus vieille lumière de l'Univers, émise 380 000 ans après le Big Bang.

    Animation · 13,8 milliards d'années en un curseur

    Le Big Bang

    Sources du chapitre 5

    Chapitre 6·SVT et Physique-ChimieInnovation technique

    1931

    Voir jusqu'aux atomes

    Ernst Ruska et Max Knoll (1931) · Gerd Binnig et Heinrich Rohrer (1981)

    La limite de la lumière

    En 1873, le physicien Ernst Abbe démontre qu'un microscope optique, même parfait, ne peut pas distinguer deux points plus proches qu'environ 0,2 micromètre. La lumière est une onde, et l'on ne peut pas voir des détails plus petits qu'environ la moitié de sa longueur d'onde. Les virus, l'intérieur des cellules ou l'ADN restent donc invisibles.

    1931 · Le microscope électronique

    Les Allemands Ernst Ruska et Max Knoll remplacent la lumière par un faisceau d'électrons, dont la longueur d'onde est des milliers de fois plus petite. Les lentilles en verre sont remplacées par des bobines magnétiques qui dévient les électrons, et tout se passe dans le vide. Dès 1933, leur appareil dépasse le meilleur microscope optique.

    Grâce à lui, on découvre l'intérieur de la cellule (mitochondries, membranes…) et on voit enfin les virus. Inconvénient : l'échantillon doit être placé dans le vide, il ne peut donc pas être vivant.

    1981 · Le microscope à effet tunnel

    Chez IBM, à Zurich, Gerd Binnig et Heinrich Rohrer inventent un microscope sans lentille. Une pointe métallique très fine, terminée par un seul atome, se promène à moins d'un nanomètre d'une surface. Des électrons « sautent » entre la pointe et la surface : c'est l'effet tunnel. Ce courant change énormément avec la distance, ce qui permet de suivre le relief atome par atome.

    1986 : un prix Nobel de physique partagé entre Ruska, Binnig et Rohrer.En 1989, Donald Eigler (IBM) écrit « IBM » en déplaçant 35 atomes de xénon un par un avec un microscope à effet tunnel.

    Microscope électronique d'Ernst Ruska exposé au Deutsches Museum : une colonne métallique dans une armoire noire
    Un microscope électronique construit par Ernst Ruska, exposé au Deutsches Museum de Munich. La colonne métallique contient les bobines magnétiques ; tout est maintenu sous vide.
    Schéma d'un microscope optique Microscope optique Lampe (lumière visible) Condenseur en verre Échantillonpeut être vivant Objectif en verre Oculaire + œil à l'air libre Schéma d'un microscope électronique Microscope électronique Canon à électrons Bobine magnétique Échantillonmort, placé sous vide Bobines = « lentilles » Écran ou caméra Tout est enfermé dans le vide
    Schéma · Optique contre électronique. Le principe est le même (une source, un échantillon, des lentilles qui agrandissent), mais les électrons permettent de voir environ 1 000 fois plus petit.

    Animation · Microscope à effet tunnel

    Lire les atomes comme du braille

    La pointe balaie la surface en gardant le courant tunnel constant. Pour cela, elle monte au-dessus de chaque atome et redescend entre deux. En enregistrant ces mouvements ligne après ligne, l'ordinateur reconstruit une image des atomes.

    Sources du chapitre 6

    Chapitre 7·Physique-Chimie et SVTInnovation technique

    2023

    La matière en apesanteur

    Thomas Pesquet (ISS, 2017) · Sultan Al Neyadi (ISS, 2023)

    Pourquoi expérimenter dans l'espace ?

    Dans la Station spatiale internationale (ISS), tout flotte : c'est la microgravité. Sur Terre, quand des cristaux se forment dans un liquide, les plus lourds tombent au fond (c'est la sédimentation) et le liquide se mélange tout seul en remuant (la convection). Dans l'ISS, ces deux effets disparaissent presque. La matière s'organise plus calmement et plus régulièrement.

    2017 · Thomas Pesquet et un médicament contre le cancer

    Pendant sa mission Proxima, l'astronaute français de l'Agence spatiale européenne participe à une expérience du laboratoire Merck : faire cristalliser le pembrolizumab, l'anticorps du médicament anticancéreux Keytruda.

    En microgravité, les cristaux obtenus sont plus petits, de taille très régulière, et forment un liquide moins épais. Les chercheurs ont ensuite reproduit ces conditions sur Terre. But : pouvoir un jour injecter le médicament par une simple piqûre sous la peau, au lieu d'une longue perfusion à l'hôpital.

    2023 · Sultan Al Neyadi et la bio-impression 3D

    L'astronaute émirien a passé environ six mois dans l'ISS, la plus longue mission spatiale d'un astronaute arabe. Avec ses collègues de l'équipage, il a utilisé la BioFabrication Facility de l'entreprise Redwire, une imprimante 3D d'un genre particulier.

    Au lieu de plastique, elle dépose une bio-encre : un gel qui contient des cellules vivantes, couche après couche. Sur Terre, un tissu mou s'écrase sous son propre poids pendant l'impression. En microgravité, il garde sa forme. En 2023, la station a ainsi imprimé le premier ménisque humain (un cartilage du genou) dans l'espace.

    Comprendre la matière sert aussi à soigner.Ces expériences relient les trois disciplines du projet : la chimie des cristaux, la biologie des cellules et le numérique des imprimantes 3D.

    Portrait officiel de Thomas Pesquet en combinaison spatiale
    Thomas Pesquet, astronaute de l'ESA, portrait officiel (NASA, 2016).
    Portrait officiel de Sultan Al Neyadi en combinaison
    Sultan Al Neyadi, astronaute des Émirats arabes unis, mission SpaceX Crew-6 (2023).

    Animation · Cristallisation comparée

    Sur Terre ou dans l'ISS ?

    À gauche, les cristaux tombent, se tassent au fond et grandissent de façon inégale. À droite, en microgravité, ils restent répartis dans le liquide et grandissent tous à la même vitesse.

    Sources du chapitre 7
    • ISS National Laboratory, résultats de l'expérience Merck sur le pembrolizumab : issnationallab.org
    • P. Reichert et al., « Pembrolizumab microgravity crystallization experimentation », npj Microgravity, 2019 : article en libre accès
    • Redwire, impression du premier ménisque humain sur l'ISS (2023) : communiqué de presse

    Testez-vous

    Huit questions sur les sept chapitres. Chaque réponse est expliquée.